• M&S Brichart

Volontariat #8 - Avec les enfants des bidonvilles



Du 2 au 15 décembre 2018


Après avoir bien vadrouillé dans les montagnes et aux abords du Gange nous mettons le cap vers Dehra Dun pour notre nouveau volontariat. Il nous tardait de faire ce volontariat, d’abord pour poser un peu nos sacs à dos, mais surtout pour pouvoir côtoyer réellement des indiens et s’immerger dans la vie locale. On ne pouvait pas mieux tomber.


Capitale de l’Uttarakhand, c’est à Dehra Dun qu’est née la fondation dans laquelle nous avons passé 2 semaines auprès d’enfants des bidonvilles. Mais avant de vous en dire plus sur cette quinzaine aussi géniale que chargée en émotions, il est bon de présenter la fondation en elle-même, sa genèse et son action.


Ce sont deux frères, Deepak et Jyoti, qui lancent en 2014, avec une bande de copains étudiants comme eux, ce projet un peu fou qu’est la Fondation Prathishtha. Déterminés à agir avec leurs petits moyens, ils décident d’aller au contact des familles et surtout des enfants des bidonvilles pour tenter de les sortir de leur quotidien extrêmement difficile. La première étape consiste en un travail de sensibilisation qui incite les enfants à se scolariser pour pouvoir espérer un jour s’émanciper de leur vie de misère. Il faut aussi persuader les parents dont la majorité n’a jamais été à l’école. Pour les accompagner et les motiver, un second volet est mis en place. Ils proposent de nombreuses activités extra-scolaires quotidiennes qui leur permettent d’établir un lien solide avec les enfants dès leur plus jeune âge. Ce nouvel encadrement bienveillant produit rapidement des effets. Au fil des jours le soutien scolaire, affectif et amical se développe. La Prathishtha Foundation devient alors un lieu de vie où ces enfants oublient leurs problèmes, vivent leur enfance pour de vrai et se construisent collectivement. Les deux frères et leurs amis nouent des relations de plus en plus fortes avec les enfants âgés de 3 à 15 ans qui grandissent et se responsabilisent à leur contact. Deepak et Jyoti, soucieux de pérenniser l’action dont ils mesurent l’utilité croissante auprès de plus en plus de jeunes, construisent avec beaucoup de sérieux et d’intelligence le cadre de mission de la Fondation et déploient des partenariats pour en assurer le maintien présent et futur. En 2018, grâce à l’un de ses partenariats, la fondation s’installe dans une maison proche des différents bidonvilles. C’est là-bas que nous sommes rester 2 semaines, mémorables.



A notre arrivée, le dimanche, nous trouvons une maison d’un quartier riche indien littéralement envahie par des enfants de tout âge et où règne une joyeuse ambiance. On y joue au karrom, on dance, on chante, on dessine, on papote et on tire au but dans l’allée. Le dimanche, c’est relâche pour les enfants de la fondation qui investissent la maison une bonne partie de la journée pour laisser libre cours à leur énergie et leurs envies, le tout encadré par des volontaires. Un petit groupe de filles nous accueille avec force gloussements et sourires. Bindi au front et ficelle rouge autour du poignet, ça y est on fait parti du collectif. Jyoti et Deepak, tout de suite très cool, nous font rapidement le tour du propriétaire, quartier fille, quartier garçon, grande salle commune, cuisine, terrasse et potager. On fait également la connaissance de Berwick et Lorène, des volontaires anglais et français de notre âge arrivés depuis quelques jours déjà. On pose nos affaires et on se mêle aux enfants sans difficulté. Pas farouches les petits !


Une fois les enfants rentrés chez eux on nous explique plus en détail la routine quotidienne. Tous les jours de la semaine sauf le dimanche, les enfants viennent à la fondation pour leur devoirs. De 15h à 17h, on accueille les enfants qui arrivent au compte goutte sur le rooftop de la maison sur lequel des tapis on été dépliés spontanément par les premiers arrivés. Ils forment alors des petits groupes autour des volontaires sensés les guider dans leurs devoirs. En plus des deux frères et des volontaires étrangers, deux ou trois indiens viennent très fidèlement prêter main forte à cette occasion. Il y a du boulot avec la cinquantaine d’enfants présents ! Surtout qu’avec la différence des âges, il faut être réactif et imaginatif. Dans les faits nous leur donnons surtout de petites leçons d’anglais ou de maths. Il faut dire qu’avec la plupart des enfants la communication passe uniquement par quelques mots d’anglais et de la gestuelle. Il est difficile de faire plus. Certains se chargent de la traduction pour les autres. Avec les plus grands nous échangeons davantage et en savoir un peu plus sur eux. Au fil des jours on voit déjà les progrès pour certains. Les enfants sont toujours aussi réceptifs et recherchent l’interaction avec nous. Certains raffolent des homeworks d’autres des papotages. Pas de doute, on a bien à faire à des enfants et adolescents. Les plus petits recopient avec beaucoup de sérieux les mots que l’on inscrit sur leurs cahiers qui ne tiennent parfois plus qu’à un fil. Sans sou à mettre dans du matériel, les cahiers sont épuisés jusqu’à la limite ultime, le crayon taillé et retaillé pour ne devenir qu’un minuscule bâtonnet. La fondation a reçu d’un donateur tout un stock de cahiers qu’elle distribue aux enfants qui le nécessitent. Toujours est-il qu’au bout d’une bonne heure de travail il devient difficile de rester concentrer pour eux comme pour nous. Les jeunes responsables de la fiche de présence organisent alors l’évacuation du toit par file indienne. L’un d’eux procède à l’inspection des mains et du visage de chacun. La fondation essaye de faire en sorte que les enfants fassent attention à leur hygiène car certains ont quelques problèmes de ce côté-là.



A la suite des devoirs se tient la réunion quotidienne dans la salle commune. Elle rassemble le plus souvent les enfants à partir de 8 ou 9 ans jusqu’à 15 ans, les plus matures. La réunion est supervisée par Deepak. Ils discutent et débattent ensemble des activités qu’ils souhaitent entreprendre, des problèmes qu’ils rencontrent dans le groupe ou bien procèdent aux élections pour décider de leur représentants et responsables pour le mois à venir. Pour que nous comprenions ces réunions, Jyoti retranscrit en anglais les discussions sur un tableau noir. Les enfants ne sont pas timides, bien au contraire, et les filles comme les garçons ont leur mot à dire sur les différentes problématiques. Les enfants approuvent les différentes décisions en tapant sur le sol avec leur main. Deepak et Jyoti alimentent aussi ces réunions de réflexions et de pistes pour des projets futurs. Par exemple un soir ils diffusent une vidéo sur des enfants des rues à Delhi qui ont monté leur propre banque et d’autres qui éditent un journal dont ils sont les responsables. Ils en discutent ensemble le soir suivant et la semaine d’après, en conseil, les enfants décident de se lancer dans un projet similaire. On peut vous dire que ça a bien tambouriner le sol ce soir là.


On observe tous les soirs ces scènes avec attention. On est assez admiratifs par leur grande capacité d’écoute et de respect de la parole de chacun, le tout dans la joie. On lit dans leurs yeux beaucoup de fierté et d’excitation. C’est vraiment très touchant. Pour conclure la soirée, le moment tant attendu arrive, l’activité danse. Filles et garçons répètent quasiment tous les soirs des chorégraphies dans le pur jus bollywoodien. La danse est ici une passion collective. Les petits comme les grands se lancent dans des pas de danses au premier air lancé.



On sent les enfants réellement épanouis quand ils sont à la Pratishtha Foundation. La plupart vivent dans des baraques de fortune dans des conditions épouvantables avec des contextes familiaux très compliqués. En général ils ne disposent que d’une seule pièce pour dormir tous ensemble, la cuisine se fait à l’extérieur au feu de bois, la toilette dans des sanitaires collectifs quand il y en a. Les enfants sont souvent considérés comme une charge par leurs parents qui tentent de bricoler une existence à leur famille au jour le jour. Ils sont également très souvent confrontés à la violence et l’insécurité dans leur environnement familial, notamment en raison de la consommation d’alcool d’au moins un des parents.


Au fur et à mesure des jours, on observe que beaucoup de ces enfants ressemblent déjà à de petits adultes dans la façon d’organiser et de penser les choses. Leurs parents leur délégant très tôt des responsabilités importantes, ils nous paraissent incroyablement autonomes et sérieux pour leur âge. Cependant, on devine aussi beaucoup de souffrances et de frustration derrière leur apparente assurance, car pour des enfants ces responsabilités sont bien lourdes. Et bien que la violence soit rare entre les murs de la fondation, il arrive que certains jours, des enfants se comportent violemment ou de manière inappropriée trahissant un mal-être certain. Toutefois, on observe aussi chez les enfants un haut degré de tolérance face à la violence extérieure lorsqu’ils se font chahuter par un autre. Les coups de crayons dans la tête les font à peine grimacer, l’habitude peut-être.



En tous cas chaque jour après l’école, ils débarquent, les petits accrochés à leurs ainés, et emplissent l’espace d’un joyeux vacarme. Ca n’est pas le bazar pour autant. Les enfants respectent avec beaucoup d’attention les règles qu’ils ont élaborées et votées ensemble. Les plus grands demandent le silence, orientent et expliquent avec calme et bienveillance aux plus petits, mais les rires reprennent vite le dessus sur le sérieux. On remarque vite quelles sont les fratries et l’importance du rôle joué par les ainés qui n’ont parfois pas dépassé l’âge de raison. Ils veillent sur leurs cadets, les réprimandent, portent leurs affaires, de vrais petits parents.


Les enfants vont à l’école de 8h à 14h ce qui permet soit dit en passant à certains d’entre eux de s’assurer au moins un repas dans la journée. Pendant ce temps là, nous nous occupons dans la maison ou vaquons à quelques occupations dans le quartier. Grand chantier pendant ces deux semaines, le mur d’enceinte un peu décrépi, sur lequel nous avons peint une fresque végétale. C’est tout un potager qui a été reproduit. Les enfants nous ont donné un bon coup de main pour peindre par dessus les coups de crayon préalablement tracés. Carottes, tomates, aubergines, piments, oignons, et autres légumes du coin. Autre activité, la remise à l’état du potager, réel celui-ci, et la construction d’une petite palissade pour le protéger des ballons accidentés. Ni une ni deux, une équipe responsable du potager a été constituée pour en assurer le fonctionnement. Les murs laissés blanc ne le resteront à priori pas longtemps. Une fougue artistique s’est répandue dans le collectif.


Le dimanche suivant les enfants confectionnent des pakoras, de petits morceaux de légumes fris. La veille, les enfants ont établi la liste des ingrédients et le budget. Le trésorier élu s’occupe de rassembler les 10 roupies par personne et les différentes équipes se mettent à la tâche. Les uns vont aux courses, les autres cuisinent ou font le thé pour la cinquantaine de présents. Ils n’ont besoin d’aucun adulte du début à la fin. On est bluffés. Le reste joue dehors ou dedans jusqu’au déjeuner tous ensemble.



Certains enfants font parfois l’école buissonnière et nous rendent visite en pleine journée. Jyoty et Deepak les accueillent toujours avec le sourire et les occupent. Il y a aussi quelques enfants non scolarisés qui s’ajoutent au groupe. Pas question de juger ou de réprimander. Il y a souvent des raisons bien particulières qui peuvent l’expliquer. Jyoti et Deepak sont perçus par les enfants comme deux grands frères et les volontaires sont rapidement intégrés comme tels à un degré moindre bien sûr. On est appelés baya (grand frère) et deedee (grande sœur) comme le veut la coutume en Inde. Les enfants nous traitent avec beaucoup d’égard et de politesse. Ils sont vraiment très très mignons. Notamment nos petits voisins pendant 2 semaines, Nisha, Pawan et Aman. Cette fratrie habite une petite pièce unique derrière la maison de la fondation avec leurs parents et leur frère de 14 ans. Ca n’est pas facile tous les jours chez eux. Nisha a 12 ans et a bien du travail à la maison. Elle nous fait des démonstrations de danse et nous dessine au henné sur les avant bras avec beaucoup de soin quand elle n’est pas affairée autour du feu. Ses petits frères de 9 et 7 ans l’écoutent attentivement et nous surprennent eux aussi par leur grande autonomie si jeunes. Le soir de notre arrivée, le petit Aman, ou little monkey, nous impressionne déjà en recouvrant tout seul et avec un grand sérieux tous ses cahiers d’école, ciseaux et pot de colle à la main. On se revoit à son âge… Pas exactement la même histoire. Tous les soirs ils passent une bonne partie de la soirée avec nous après que tout le monde soit parti. Difficile de ne pas s’attacher à eux. On est bien triste de les quitter à la fin du volontariat ainsi que tous les enfants dont les sourires nous resterons dans le cœur un long moment.


Ce volontariat c’est aussi un moment de partage unique avec Jyoti et Deepak, ainsi qu’avec Lorène et Berwick. Matin, midi et soir, nous mangeons ensemble les plats cuisinés par la maman de nos deux indiens. C’est l’occasion d’en apprendre toujours plus sur leurs projets actuels et futurs et sur l’Inde. Au fil des jours une belle complicité s’installe entre nous tous.



Après 4 années d’activité, Deepak et Jyoti portent une responsabilité immense vis-à-vis de leurs protégés. Ils ne cessent d’espérer un avenir meilleur pour ces jeunes défavorisés et mènent toujours plus de projets différents qui les stimulent de toutes parts. Il semblerait que la vie de ces deux garçons a rencontré celle de dizaines d’enfants et qu’elle ne puisse plus s’en défaire, pour leur plus grand bonheur. Toutefois, la fondation sous leur implusion continue de se développer pour un jour pouvoir fonctionner sans eux. Pour Jyoti et Deepak, c’est aux jeunes qu’ils ont aujourd’hui qu’il reviendra d’ici quelques années la mission de faire vivre la Prathishtha Foundation. On l’espère de tout cœur !


Pour soutenir cette belle fondation vous pouvez vous rendre sur leur site internet, sachez que le moindre euro, la moindre ruppie sera utilisée de la meilleure des manières.


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