• M&S Brichart

Laos #2 - Direction le Nord

Dernière mise à jour : 8 mai 2019



Du 18 au 31 mars


Après deux belles semaines passées en compagnie de François et Mathilde, nous continuons nos pérégrinations au Laos en remontant doucement vers le nord dans ce pays tout en longueur. Aussi bien Vientiane que Luang Prabang et ses alentours, nous apprécions toujours autant la joyeuse tranquillité qui y règne, bien que l’on pressente, sous-jacente, la course au développement que son voisin du nord semble déterminé à lui imposer.



Vientiane, prendre le temps tout simplement


Vientiane n’a pas très bonne presse auprès des voyageurs qui nous en font un portrait peu flatteur lui reprochant son manque de charme et son peu d’animation. C’est donc presque à reculons que l’on en prend la direction. Et pourtant, bien qu’il soit vrai que la ville ne brille pas par sa beauté, nous sommes très vite conquis par l’atmosphère qui s’en dégage. Pendant 5 jours, juchés sur nos vélos de pacotille, nous en écumons le centre et le coin des ambassades, empruntant aussi bien les grosses artères encadrées d’immenses palmiers que les petites et calmes ruelles de quartiers résidentiels et joliment fleuries. On adopte rapidement et avec beaucoup de plaisir une petite routine.


La chaleur qui s’abat sur la ville nous contraint à ralentir le rythme en milieu de journée. Heureusement pour nous, ici aussi il existe un Institut Français plutôt bien doté, installé dans de très beaux bâtiments. On reste ainsi au frais entre les murs de la médiathèque et profitons à fond de la quinzaine de la francophonie qui tombe à point nommé. Deux soirées projections de films sont organisées successivement, d’abord par le Canada avec un très beau film, Gabrielle, ensuite par le Luxembourg et la Suisse avec 6 courts métrages excellents. La seconde soirée est d’autant plus alléchante qu’il y a un pot avant la séance. Autant vous dire qu’on ne se fait pas prier pour goûter au vin et aux petits fours. Lors de ces soirées on retrouve une partie du petit monde des ONG locales (et Total), nombreuses à Vientiane, où beaucoup de français travaillent. L’ambiance est très bon enfant. A les regarder, on se dit qu’ils n’ont pas les pires boulots du monde. Est-ce que ça nous tenterait ? On en croise d’ailleurs certains dans le restaurant vietnamien dont nous avons fait notre QG pendant ce séjour à Vientiane. Chaque midi on se rend dans cette cantine améliorée où l’on se régale de bo bun à tomber et de nems délicieux. Le pied.



Et puisque l’on parle d’ONG, l’une des raisons qui explique la présence de certaines d’entre elles au Laos tient au fait que le pays a été terriblement touché par les bombardements américains pendant la guerre du Vietnam. Le Laos est ainsi tristement devenu le pays le plus bombardé au monde, la quantité de raids aériens et de bombardements dépassant très largement ceux réalisés par les alliés pendant la seconde guerre mondiale. Pour vous donner une idée de l’ampleur de la catastrophe, il est tombé l’équivalent de 1 bombe à fragmentation (une des pires démonstrations du génie humain) toutes les 8 minutes pendant 9 ans sur ce petit bout de territoire. Au-delà de la simple question de la légitimité d’un tel acharnement, c’est le désastre humain et psychologique qu’il convient de résoudre. Or, celui-ci ne semble pas pouvoir trouver d’issue puisque le Laos est littéralement tapissé de mines encore aujourd’hui. Pauvre et impuissant face à ce défit, le Laos a besoin de l’aide internationale pour mener ce travail de longue haleine.


Ainsi, aux milliers de victimes des années 60-70, s’ajoutent toutes celles qui, depuis, sautent au hasard d’un coup de pioche ou d’un rebond de ballon de football sur l’une de ces mines restées enfouies et que la pluie fait remonter à la surface. Comme s’il en fallait plus, ce sont les populations les plus vulnérables qui en pâtissent le plus, à savoir les paysans et les enfants des régions isolées et extrêmement pauvres pour lesquels l’accès à l’information et aux soins sont insuffisants. Le centre COPE de Vientiane expose de manière brillante les évènements et les projets de déminage en cours ainsi que les prouesses en terme de prothèses en tout genre. Poignant et passionnant à la fois.


Si nous restons aussi longtemps à Vientiane c’est aussi et surtout parce que nous y réalisons notre visa pour la Chine auprès de l’ambassade chinoise qui s’y trouve. On a lu tout et n’importe quoi au sujet de l’obtention du visa chinois et notamment sur l’implacable administration chinoise qui se laisse le droit de vous le refuser sans raisons apparentes. Les pièces à pourvoir sont nombreuses et légèrement pernicieuses à notre goût, le détail du séjour doit être fourni et toutes les justifications qui vont avec. Faut pas se planter. On vous cache pas que ça nous a causé quelques suées avant le jour j mais finalement 3 jours après avoir déposé notre demande, on obtient le graal, les portes de la Chine s’ouvriront bien à nous !


Notre joie première s’accompagne rapidement d’un léger pincement au cœur qui nous rappelle que c’est bientôt la fin de cette belle aventure. Allez, il est grand temps de reprendre la route.



La boucle de Niang Khiaw avec nos copains des Hells Angels


Nous avons rendez-vous à Luang Prabang avec Arthur et Charlène, les mêmes amis que nous avions retrouvés au Cambodge un peu plus tôt dans le voyage. Nous projetons de partir ensemble faire une boucle à scooter de 4 jours.


Pour rejoindre Luang Prabang depuis Vientiane nous empruntons un bus de nuit à l’arrangement assez cocasse. Au lieu des deux rangées de sièges habituelles, le bus se divise en trois rangs, chaque rang comprenant deux niveaux, inférieur et supérieur, accueillant des sièges inclinés qui servent de couchettes aux voyageurs. On y est fort à l’étroit (surtout Simon) et le revêtement en faux cuir de la couchette nous laisse présager le pire pour la suite. La peau s’y colle comme une ventouse avec la chaleur. Forcément, la nuit n’est pas des plus agréables. On se laisse donc une journée de repos à Luang Prabang pour flâner un peu dans la ville et préparer le circuit avec Arthur, Charlène et César, une nouvelle recrue qui vient grossir les rangs de notre escadron de routards chevronnés.


On s’occupe aussi de se dégoter 3 scooters assez solides pour notre petite échappée. Or, cela se révèle plus compliqué que prévu. La loueuse refuse gentiment de nous les louer en nous expliquant que cette boucle serait accidentée et nous emmènerait trop loin de Luang Prabang. On continue donc de vadrouiller et finalement un monsieur de l’office du tourisme nous assurant que nous pouvons la faire, nous revenons à la charge en déguisant un peu mieux nos ambitions. Le tour est joué. Nos 3 scooters semi-automatiques « en poche », nous planifions un départ matinal le jour suivant et passons la soirée dans un restau-cantine-bar de locaux assez folklo à la cuisine peu ragoutante et à la patronne âpre négociatrice. On commence à se faire à la bière avec glaçons !



Le lendemain matin nous voilà sur la route, impatients de voir ce que cette boucle nous réserve. Nous longeons pendant un bon moment un bras du Mékong encaissé entre de belles montagnes couvertes de forêt. Les couleurs sont automnales et l’atmosphère tranquille bien que l’on remarque plusieurs chantiers et exploitations forestières de grande ampleur. La route quitte les abords de la rivière et nous commençons à monter, empruntant des routes en lacet sur lesquelles on ne rencontre presque personne. Nous nous arrêtons pour déjeuner et profitons avec plaisir de la piste de pétanque sur le parking de l’espèce de restaurant que l’on a déniché. Les deux petits garçons des patrons se font assistants cochonnet et animent la terrasse déserte de leurs jeux d’enfants.


Finalement, les choses se corsent l’après-midi. Ca y est, on comprend ce que la loueuse voulait dire par « route accidentée ». La chaussée bitumée se transforme en une piste poussiéreuse et caillouteuse dont l’inclinaison nous surprend franchement. Pas le choix, l’ascension se fera donc frontalement.


Nos scooters peinent à venir à bout des tronçons de pistes qui ressemblent davantage à des murs. Les moteurs chauffent comme jamais et font un bruit du diable. Nos fessiers ne sont pas reste, c’est une véritable séance de rodéo que la route nous inflige. Pendant une bonne heure on s’encourage dans l’effort, le ravin à notre droite nous faisant de l’œil, la route, raide, n’en finissant pas. Une fois au sommet, couverts de poussière, on souffle un peu, trop contents d’en finir avec cette satanée pente. Toutefois, nous ne quittons pas pour autant la piste. Désormais nous alternons montées, descentes et plat en suivant la ligne de crête. On profite depuis là-haut de paysages superbes baignés dans un éternel voile de poussière dont on suppute qu’il résulte notamment des feux que les paysans déclenchent dans leurs champs et sur les flancs des montagnes. Ca brûle de tous les côtés. Nous traversons plusieurs petits hameaux visiblement très pauvres, perdus dans la nature, où l’on croise des dizaines d’enfants et de vieillards qui nous saluent chaleureusement. Vu l’état de la piste et son dénivelé, il ne doit pas y avoir beaucoup de passage par ici.


La lumière commence à décliner, il nous tarde d’arriver à notre premier village étape après 150 km avalés. La piste cabossée a eu raison de nos pauvres fessiers qui nous font atrocement mal. Cette première journée nous a éreintés.



A l’arrivée dans le village de Vieng Kham dont les habitations traditionnelles sur pilotis s’étalent de part et d’autre d’une rivière, il nous faut encore trouver une auberge pour la nuit. On roule tout le long de la route principale sans en trouver une seule. Pas un touriste à l’horizon, on se demande si on s’est pas un peu enflammés en optant pour ce bled. Nous dégottons finalement un petit homestay « rutilant » juste à côté de la pompe à essence. Fatigués et affamés nous ne perdons pas de temps et allons nous installer dans le premier restau qui s’offre à nous. La soirée est peinarde, la nuit réparatrice.


Le lendemain matin, nous nous installons dans un bouiboui du marché central pour le petit déjeuner. Le sandwich omelette fait très plaisir. On reste là une bonne heure à observer la vie qui nous entoure. Il y a une belle ambiance et les gens sont adorables. Nous reprenons finalement la route, requinqués et pour une distance bien moindre et goudronnée. Alléluia !



A peine 50 km plus tard, nous arrivons à Nong Khiaw, notre seconde ville étape où nous passerons deux nuits. On ne tergiverse pas longtemps et optons pour des bungalows au bord du fleuve. L’endroit est charmant. Le décor qui entoure cette petite ville est magnifique, mélange de reliefs karstiques et de végétation sauvage et luxuriante, avec au milieu ce large cours d’eau. Après s’être reposés un peu nous partons découvrir une grotte toute proche. La visite se fait en autonomie mais nécessite de bonnes lampes torches car le boyau s’enfonce très loin dans la roche. Le noir est complet. En attendant le retour de quelques visiteurs et des dites lampes torches, nous tâtons une fois de plus de la boule de pétanque. Les pistes ne manquent pas au Laos.


Une fois dans la grotte, les choses deviennent beaucoup plus sérieuses. Après avoir passé quelques cavités, nous débouchons dans l’une d’elles, l’obscurité y est totale et nous ne parvenons pas à trouver le chemin à suivre. Un petit panneau indiquant « in » pointe vers l’une des parois. On comprend alors qu’il faut se glisser sous la paroi, en bas de laquelle une ouverture est visible. Le dos contre le sol, on réussi à passer sous la pierre en s’aidant des pieds et des mains pour atterrir dans une nouvelle cavité, plus petite. On est pas hyper à l’aise dans ce milieu clos et humide où notre respiration devient plus forte et forcée. A nouveau on ne sait pas par où passer. Il y a bien un trou au fond de la cavité, mais il est si petit qu’on ne peut pas imaginer que ce soit par là qu’il faille aller. On cherche encore, sans résultat. Arthur jette un œil par le petit trou de 35 cm de large et 70 cm de haut. C’est bien par là. Charlène et César s’arrêtent ici, clostro, la suite ne serait pas marrante. Pas non plus complètement rassurés, on se motive avec Arthur pour continuer. Arthur part le premier. Le trou est vraiment étroit et forme en réalité un minuscule couloir dans lequel il faut se mouvoir comme un asticot pour avancer. Les parois n’étant absolument pas lisses ni régulières on se débats comme on peut pour ne pas rester coincés. Sortis de ce goulot d’étranglement, il faut encore ramper au sol sur quelques mètres pour accéder à la cavité suivante où l’on se tient pliés. On a l’impression d’être dans un autre univers. On s’enfonce ainsi de plus en plus dans la montagne en alternant séquences debout, voutées, accroupies ou rampées. Il fait très humide, le sol et les parois sont poisseux, nos genoux s’abiment dans l’effort mais l’excitation est à son comble. Nous arrivons finalement à un point où il n’est plus possible d’avancer et faisons demi tour pour regagner l’air libre. Cette faille dans la montagne était jadis utilisée comme cachette par des soldats. On y trouve des armes et munitions rouillées. Aussi improbable qu’intense, cette excursion nous enchante.



A Nong Khiaw la vie est paisible. On prend du bon temps tous les 5. Le deuxième jour sur place nous montons dans une chaleur de bœuf en haut d’une des montagnes voisines et profitons d’un très beau panorama. Une fois redescendus nous remontons sur nos scooters pour rejoindre un petit village plus au nord au bord du fleuve. C’est reparti pour de la piste, mais nos fessiers ne sont toujours pas prêts. Au bout d’une heure et des poussières, crevés et affamés, on lâche les armes et décidons de nous arrêter là. On marche jusqu’au bord de l’eau où joue une petite dizaine d’enfants. On dévore nos délicieux sandwichs (y’a même du fromage) en profitant du paysage. Les garçons jouent au foot avec les petits hyper excités. Nous repartons tranquillement le lendemain en prenant cette fois-ci la nationale. La route est moins tranquille puisque beaucoup plus empruntée notamment par les nombreux camions chinois, mais elle a le mérite d’épargner nos popotins. Après 500km et 4 jours à découvrir le nord du Laos, nous revenons à Luang Prabang, ravis de notre escapade.



Luang Prabang, le charme incontestable


Nous restons 5 jours dans cette petite ville au charme fou coincée entre deux rivières. D’un style colonial très bien conservé, c’est un plaisir de s’y promener et d’admirer les nombreux temples et bâtiments superbement mis en valeur. Les plantes envahissent les trottoirs et les façades des maisons. C’est la carte postale parfaite, du coup il y a plus de touristes qu’ailleurs et l’atmosphère s’en ressent un peu. Disons qu’on a pas tellement à faire à une ville typiquement laotienne du moins dans le centre-ville où boutiques et hôtels s’enchainent. Nous continuons à passer du temps avec Arthur et Charlène et surtout nous nous régalons des sandwichs baguette qu’on y trouve. C’est peut-être le truc qui nous fait le plus plaisir ici. On profite aussi de l’annexe de l’institut français où une nouvelle projection de film est organisée. Cette fois-ci c’est une restitution très bien montée d’un voyage en 2CV réalisé par un jeune couple en 2007 entre la France et le Laos. Super intéressant.



On découvre également les alentours en randonnant autour d’une cascade aux eaux turquoises perdue dans la jungle et visitons une réserve de papillons exceptionnelle créée par des hollandais. On assiste en direct à l’accouplement et au dispersement par la femelle des œufs sur différentes feuilles. C’est hallucinant. Un volontaire nous explique les étapes évolutives entre la chenille, la chrysalide, le papillon, etc. Certaines chrysalides sont couleur d’or, d’autres argentées et d’autres encore imitent l’aspect d’une branche. Il y a trop de papillons, on est comme des fous à ne pas savoir s’arrêter de prendre des photos et de scruter autour de nous. Ils sont magnifiques.



Nous voilà au terme de ce séjour au Laos où nous avons aimé chacune des étapes. On ne vous a pas tellement parlé de l’histoire, de la politique ou encore des aspects culturels car même sur place il est difficile d’avoir accès à ces informations. On sent que l’influence des voisins et forte mais on n’en maitrise pas les tenants et aboutissants. En parlant voisins, notre prochaine et dernière étape c’est la Chine, et on a déjà hâte de vous raconter nos premiers pas au Yunnan.



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