• M&S Brichart

Inde #1 - Tamil Nadu et Kerala



Du 4 au 19 Novembre 2018


On fait enfin notre grand retour en Inde après un génial premier avant goût au Rajasthan en 2015 où nous avions passé 3 semaines tous les deux. J’avais, et c’est Marguerite qui parle, alors prolongé l’expérience en passant un semestre à l’IIM Lucknow, dans l’Uttar Pradesh ce qui m’avait donné l’occasion de voyager et découvrir un pays aussi pluriel que fascinant en arpentant, entre autres, la vallée du Gange, Varanasi, Mumbaï, Goa, le Sikkim, Delhi, Gwalior, etc., autant de souvenirs mémorables. C’est donc avec une joie toute particulière qu’on renoue avec l’Inde et avec ce qui fait sa diversité mais aussi sa singularité. Culture, cuisine, population multi ethniques, il y a de quoi faire.



Cette fois-ci on démarre par le Sud-Est, en atterrissant à Chennai (Madras), capitale du Tamil Nadu d’où nous prenons directement la direction de Mahabalipuram, petite ville sur la côte réputée pour ses temples et sites antiques, emprunts d’histoires et de légendes… à l’indiennes. Il faut se refamiliariser avec les personnages et divinités qui constituent tout l’univers religieux hindou. Shiva, Brama, Krishna, Ganesh, Lakshmi, et tous les autres, on s’y perd souvent, surtout que les profils se ressemblent pas mal. Bref, c’est pas gagné. Ici, nous nous contenterons d’une balade dans le parc de la ville qui regorge de vestiges, avec notamment une énorme roche presque sphérique posée en équilibre par on ne sait quel mystère sur une immense dalle de pierre en pente et que les indiens appellent la boule de beurre de Krishna. D’après la légende, Krishna l’aurait laissée tombée négligemment lorsqu’il était bébé. Soit. En tout cas c’est un plaisir de retrouver l’atmosphère et le quotidien indien, sans parler de la nourriture. Ca grouille, c’est bruyant, c’est le bazar mais c’est chouette.



Pondichéry, Happy Diwali


Quelques heures de bus le long de la côte suffisent pour rejoindre Pondichéry depuis Mahabalipuram. Niveau confort, les bus indiens ordinaires sont encore un cran en-dessous de ce qu’on a pu avoir jusqu’à maintenant mais ça ne les empêche aucunement de continuer à faire la loi sur la route en dépassant tout ce qui bouge peu importe les conditions. Pilotes à bord de leurs tas de ferraille, les chauffeurs enchainent les courses sans siller.

Pondichéry évoque pas mal de choses pour nous, déjà du fait de son lien particulier avec la France mais surtout parce que Marie et Guillaume (Brichart) y ont passé plusieurs mois il y a de ça quelques années. Rare ville en partie piétonne du pays, la circulation pour les piétons que nous sommes y est grandement facilité, surtout dans le quartier français. Ici, tout parait s’être arrêté. L’architecture et le nom des rues en français attestent du passé sous autorité française de ce petit bout de territoire. Administrations, lycée et Alliance français(e), hôtels, boutiques et restaurants chics ou bobo se sont installés dans les haut bâtiments colorés quoi qu’un peu défrichis et quelques vendeurs ambulants sillonnent les rues propres et ombragées. C’est un sentiment un peu confus qui se dégage tellement on se sent loin de l’Inde « normale », d’autant qu’on n’y croise pas grand monde, chose rarissime.


Côté hindou et musulman, changement radical de décor et d’ambiance, la jungle urbaine reprend ses droits. Klaxons, foule, trafic et urbanisme anarchiques, elle est là l’Inde, la vraie, avec son harmonie et son animation bien à elle. Scooters et tuktuks ne nous laissent aucun répit alors que l’enchevêtrement des enseignes lumineuses et des câbles électriques qui pendouillent dans tous les sens apportent encore un peu plus à l’espèce de zizanie qui s’offre à nous. Mais de tout cela on capte un dynamisme vibrant et communicatif qui permet de mettre de côté l’aspect premier franchement moche de l’ensemble. Mais le vrai bonheur on le trouve en s’introduisant dans le marché où règne un climat paisible et où la succession des petites échoppes et étales produit un résultat chaleureux et pittoresque sans commune mesure. C’est un régal.


Par chance, en ce 6 novembre, les hindous fêtent l’équivalent de Noël pour nous, Diwali, à l’occasion duquel ils célèbrent le retour de Brahma après un combat contre Ravana. Ils lui indiquent alors le chemin à l’aide de lumières. De simples bougies, les indiens déploient désormais une énergie sonore en faisant péter des feux d’artifices et des pétards pendant des heures. Alors que pendant la journée qui est fériée on s’étonne du calme inhabituel, les indiens commencent à sortir de chez eux en fin d’après-midi pour aller se promener en famille sur la balade en front de mer. Ils constituent rapidement une foule impressionnante que l’on observe, amusés. Les selfies fusent de toute part. On est très souvent sollicités. Chacun s’est habillé sur son 31, surtout les femmes dont les saris et les coiffures sont très chiadés.



Une fois le soleil couché, la fête commence réellement. Chaque maison organise son feu d’artifices sur le pas de sa porte. Générations confondues, tous jubilent au bruit des détonations et de la lumière dégagée. Les stocks sont hallucinants et ça dure des heures. Au détour d’une ruelle, une famille s’apprête à faire péter une mitraillette de 5000 pétards et longue de 15m, ils orchestrent la mise à feu. Ils avancent en ligne, main dans la main, le père en tête de ligne pour mettre le feu au poudre. On lit le bonheur sur le visage et on ressent particulièrement l’importance et la portée symbolique du geste. La fête ne dure pas toute la nuit car cette année le gouvernement a imposé des horaires pour limiter la pollution et nous rentrons peu après cette belle rencontre. New Delhi et les grandes métropoles connaissent tous les ans un pic de pollution extrêmement sévère au moment de Diwali ce qui nécessite une prise de conscience générale. Un travail de longue haleine.



Thanjavur et Madurai, les pyramides hindous


Nos deux destinations suivantes, Thanjavur puis Madurai accueillent en leurs murs des temples hindous parmi les plus connus d’Inde. Celui de Thanjavur mesure 66m de haut et est taillé dans une pierre blonde provenant de la montagne voisine, ses flancs sont entièrement sculptés et narrent les aventures épiques des dieux et déesses du panthéon hindou. Le temple trône au milieu d’une cour immense dont on fait le tour sous les arcades qui longent le mur d’enceinte. L’ensemble impressionne par son architecture à la fois massive et raffinée dans ses détails. A la différence de la grande majorité des temples hindous, la pierre est brute. Seules des fresques peintes mais élimées par le temps sont visibles sous les arcades. Elles sont d’ailleurs ravissantes et se fondent harmonieusement sur leur fond ocré. L’ensemble est de toute beauté malgré une petite ondée malvenue.


Madurai recèle un sanctuaire tout aussi gigantesque et emblématique. Les fidèles s’y pressent en nombre. Entièrement cloisonné par d’imposant murs d’enceinte, on n’y accède uniquement via quatre entrées situées à la base de 4 tours de plus de 60 mètres de haut localisées aux 4 points cardinaux et appelées Gopurams. En plus d’être un complexe immense dans ses proportions avec plusieurs temples et un bassin d’eau à l’intérieur, ses 4 tours massives sont entièrement peintes. Rouge, vert, bleu, jaune, toutes les couleurs y passent ce qui transforme totalement l’allure initiale en pierres grises du lieu. La visite est assez stricte car il n’est pas possible de prendre des photos à l’intérieur ni même de disposer de son téléphone. Pieds nus, épaules et jambes couvertes nous pénétrons à l’intérieur du site où nous rejoignons une foule de pèlerins qui se pressent dans des queues interminables donnant accès aux différents temples où ont lieu les rites.



L’agitation et la ferveur emplissent les murs du sanctuaire qui prend des airs de fourmilière. On perçoit ici et là des chants envoutants. Nombreux stands de nourritures et de souvenirs ont pris place dans l’enceinte jusque dans les endroits les plus sacrés. Observateurs plus qu’acteurs on s’interroge quelque peu sur la pratique des hindous très ritualisée, chargée de symboles et d’offrandes divers et variées, pas très sûrs d’en comprendre toute les spécificités d’ici la fin du voyage. Affaire à suivre.



Munnar, retour dans les plantations de thé


On prend un peu de hauteur pour retrouver la fraicheur et les plantations de thé laissées au Sri Lanka, en prenant nos quartiers à Munnar, situé à la frontière entre le Tamil Nadu et le Kerala. Depuis Madurai la route aura été longue, avec plusieurs changement de bus et des ralentissements dus à des glissements de terrain ou des sections de travaux interminables.


Malgré les réprimandes (gentilles) d’un guide qui nous informe qu’il est interdit de se promener seuls dans les plantations de thé en raison de la présence d’éléphants sauvages, nous sommes néanmoins résolus à ne pas randonner avec un groupe de touristes. Nous partons donc au petit bonheur la chance sur les sentiers des collines environnantes recouvertes d’arbres à thé, soigneusement entretenus. Rien à voir avec le surpeuplement des villes, la campagne est ressourçante. Les paysages familiers des plantations de thé sont toujours aussi bucoliques mais cette fois-ci, s’y ajoute la petite touche indienne au moment de traverser les villages de cueilleurs de thé. En ce dimanche non travaillé, tous les villageois de chaque village se retrouvent pour fêter différents évènements dans une belle ambiance. La musique résonne dans toute la vallée. Nous croisons des enfants qui nous indiquent la présence d’un cadavre d’éléphant un peu plus haut dans la montagne, on passe notre tour pour éviter les hauts le cœur. Le guide disait donc vrai…


Après avoir visiter une plantation d’épices recelant des dizaines de variétés dont on ne connait souvent que le goût, nous assistons dans une petite arène à une démonstration de Kalarippayat, un art martial kéralais datant du XIIème siècle. Le Kalarippayat est en fait la branche « sportive » de la médecine ayurvédique (médecine traditionnelle de l’Inde). Les jeunes hommes entreprennent des simulations de combat plutôt bien rôdés mais pas non plus extraordinaires dans une atmosphère calfeutrée. Elle ont toute fois le mérite d’avoir fait lever tous les indiens, surexcités. On s’est pas mal amusés.



Allapuzha et ses backwaters, la petite Venise indienne


Pour une fois la comparaison n’est pas complètement exagérée, puisqu’en effet, Allapuzha et la région alentour sont traversées par des centaines de canaux naturels appelés backwaters. Toute la vie locale est organisée en fonction de ces derniers qui dessinent les zones habitables, fines parcelles de terre surélevées et vaguement quadrillées, et les zones agricoles inondables, principalement des rizières. Les locaux se déplacent en ferry, en bateaux à moteur, en barques ou en pirogues pour leurs sorties quotidiennes. Mais le symbole de cette vie à moitié sur l’eau sont les houseboat. Véritables maisons flottantes dont l’armature, posée sur une coque en bois, est traditionnellement couverte de natte de bambou ou de fibre de coco. Il y en aurait plus de 600 aujourd’hui utilisés comme bateaux de croisière individuelle ou familiale moyennant un beau petit pécule. Ca pose notamment des problèmes de pollution énormes.

On opte quant à nous pour une balade d’une journée à bord d’une petite barque conduite à la rame par un gars du coin qui donne accès aux canaux les plus étroits. On découvre très tranquillement cet environnement tropical unique constitué d’eau, de rizières et de cocotiers dans lequel se déroule des scènes du quotidien, ici des hommes pêchent ou bâtissent leur maison, là des femmes font la lessive ou la vaisselle, plus loin des enfants rentrent de l’école. On perçoit aussi les ravages des récentes inondations qui ont rongé certaines maisons et entamé très sévèrement les berges. C’est la mousson de l’été dernier qui a fait monté l’eau a des niveaux records et mit en évidence la précarité d’une telle situation et les moyens extrêmement limités dont dispose la population pour y répondre. Notre aubergiste est un poil déprimé, et ça se comprend.

On profite d’être à Allapuzha pour expérimenter le massage ayurvédique, autre tradition locale. Une heure allongés sur une table en bois brute, palpés de la tête aux pieds par les mains vigoureuses et abondamment huilées de nos masseurs respectifs. On nage littéralement dans l’huile, et pas question de se doucher. On renfile nos habits illico presto sur nos peaux brillantes et grasses mais le corps délassé.



Kochi, bye bye le sud


Nous terminons notre traversée de l’Inde du sud à Kochi, ancienne cité coloniale et portuaire dont la majeur partie des bâtiments d’époque se trouvent dans le quartier appelé Fort Kochi auquel on accède par ferry. Ce quartier contraste énormément avec le reste de la ville beaucoup plus dynamique et « moderne » notamment en raison de son activité portuaire. A Fort Kochi, il fait bon vivre et se balader que ce soit sur la promenade au bord de mer, dans les petits parcs et jardins que dans les ruelles du vieux quartier juif. Est-ce la faute à la grève ou à un héritage juif, en tout cas en ce samedi, le calme règne et ça fait du bien. Assez rare en Inde pour être noté, le musée abrité dans les murs du Palais Hollandais (qui part quelque peu en décrépitude) est plutôt bien et donne à voir de magnifiques fresques hindous, un peu passées elles aussi mais au charme incontestable.

Ici comme ailleurs au Kerala et au Tamil Nadu on trouve de nombreuses églises puisque 25% de la population y est chrétienne. Rien à voir avec le reste de l’Inde. En plus d’avoir un gouvernement communiste, le Kerala affiche décidemment la différence puisque 95% de sa population sait lire et écrire et les inégalités y sont les moins fortes du pays. On remarque notamment que la gestion des déchets, loin d’y être parfaite, y est tout de même bien meilleure qu’ailleurs.


Sur les berges, plusieurs immenses filets chinois sont alignés et des petites équipes s’activent à les mettre en marche pour leur pêche du jour. Le poisson est vendu directement à sa sortie de l’eau. Par un ingénieux système de bascule et de poulie, le grand filet tendu à ses 4 coins et attaché à des perches de 15m de long, plonge dans l’eau, y est laissé quelques minutes avant d’être remonté à la surface sous l’œil attentif des pêcheurs désireux de voir s’y trémousser du bon poisson.


Un soir, nous nous rendons dans un petit théâtre dont l’intérieur est entièrement tapissé de bois pour assister à une représention de Kathakali, le théâtre traditionnel keralais. Le spectateur est invité à se présenter une heure avant pour assister à la séance de maquillage des acteurs. Sur un fond musical approprié, pendant une heure nous regardons les trois protagonistes réaliser un travail méticuleux et ritualisé dont le résultat est stupéfiant. Leurs visages sont totalement transformés sous la couche de maquillage dont chaque couleur est utilisée sciemment pour donner une indication au spectateur. Le jaune par exemple représente les femmes, le vert, les esprits héroïques, le rouge, un esprit cruel et le noir un démon.



Avant que la scène ne commence et alors que les acteurs s’habillent, le chanteur nous explique les spécificités de l’art théâtrale keralais. Les comédiens utilisent uniquement la gestuelle comme moyen d’expression. Ils interprètent donc leur discours grâce à leurs expressions de visage, leurs mains et leurs positions corporelles. La position de leurs mains est très codifiée et rappelle curieusement le langage des signes. Lors de la démonstration, 2 musiciens battent la mesure à l’aide d’un grand tambour et de petites symbales, un des comédiens nous montre la dextérité des muscles de son visage et de ses yeux. Ca nous met mal à l’aise tellement il a une capacité surhumaine pour faire bouger rapidement ses yeux et les muscles de son visage. Une fois les costumes revêtus, les personnages prennent toute leur ampleur et la scène brille de mille feux. Le rendu est captivant et on comprend légèrement le sens de l’histoire. Pendant une heure nous sommes plongés dans cet univers tribal au rythme des percussions et des claquements de pied sur le sol. On ressort les oreilles en coton, mais ça valait le coup.


La suite de nos aventures se poursuit dans le nord, on s’envole pour Amritsa, dans le Punjab, où l'on est heureux d’aller chercher un peu de fraicheur et surtout d’apercevoir les prémices de l’Himalaya.


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