• M&S Brichart

Cambodge #1 - Vielles pierres et poivre vert

Du 6 février au 25 février 2019


Après les îles et le farniente, nous sommes impatients de reprendre la route. Non sans peine et après plusieurs correspondances, nous arrivons enfin à attraper le bus qui nous amènera à la frontière cambodgienne, notre destination du jour. Le mini-van qui nous conduit est chargé de retraités thaïlandais, adeptes et réguliers des casinos cambodgiens qui pullulent sitôt passés la ligne de démarcation. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a de l’ambiance. Les Thaïlandais sont vraiment d’un naturel enthousiaste. Nous faisons donc notre entrée au Cambodge le 6 février via un poste frontière peu fréquenté par les touristes. Au prix d’une légère prise de bec avec l’agent de l’immigration dont le degré de cordialité est proche de zéro, on arrive à passer au Cambodge sans avoir à payer le bakchich systématiquement imposé aux touristes. Pas terrible terrible comme mise en bouche mais on s’y était préparé. Les agents aux frontières du Laos et du Cambodge sont très réputés en Asie pour leur zèle et leur ténacité en la matière. Les bêtes noires de ces deux pays aux populations si gentilles.


Malgré cela, on est très contents d’arriver au Cambodge. C’est un pays à part dans notre voyage tant son histoire récente, cruelle et incompréhensible en fait une espèce de pays rescapé à nos yeux. On aimerait comprendre le pourquoi du comment le Cambodge, ce petit pays, a pu tomber aux mains de fanatiques acharnés, les khmers rouges, et voir sa population décimée d’un quart en seulement 4 ans. Des chiffres qui donnent le tournis, et on est pas au bout de nos surprises.


Petit bonus pour cette étape au Cambodge, Marie, la sœur de Simon nous rejoint pour une grosse quinzaine. On ne traine donc pas plus à la frontière et montons à bord d’un taxi partagé en direction de Battambang, seconde ville du pays.



Battambang, promenades et cuisine khmère


Ca n’est pas encore la saison des pluies au Cambodge mais il fait déjà très chaud et l’atmosphère s’en ressent fortement un peu partout. La ville de Battambang n’y échappe pas. Celle-ci se métamorphose au fil de la journée en affichant tantôt un calme presque surréaliste aux heures les plus chaudes, tantôt un dynamisme et une vie débordante quand revient la fraicheur en fin de journée. Les abords du fleuve se peuplent alors d’une faune nombreuse venue se dégourdir les jambes ou casser la croûte. La promenade n’est pas désagréable dans cette ville où l’on perçoit l’empreinte coloniale française tant dans l’architecture que dans la gastronomie locale. On fête d’ailleurs le grand retour de la baguette ! Certes, ça n’est pas la baguette de l’année mais c’est déjà pas mal (restons positifs). En tout cas, nous, ça nous fait du bien.


Sitôt Marie débarquée, nous signons pour un cours de cuisine khmère animé par Vannak, un cuistot cambodgien. Le cours se fait à la campagne, chez lui, dans sa maison tout en bois, très simple et typique de cette région. Avant de mettre la main à la pâte, nous commençons par déambuler dans le petit marché local voisin pour goûter à quelques spécialités et acheter les différents ingrédients nécessaires à notre atelier. Au menu du jour, Lok lak et Amok, les deux plats emblématiques de la cuisine khmère.

Vannak nous explique autant de choses qu’il peut sur cette cuisine traditionnelle intimement liée à la culture khmère mais dont la pratique et la transmission est aujourd’hui menacée. En effet, il semblerait que l’histoire et les modes de consommation aient peu à peu raison des savoir-faire et des coutumes khmères. L’histoire, d’abord, parce que les Khmers rouges ont considérablement attaqué et affaibli la culture dans son ensemble et empêché son apprentissage par les plus jeunes. Les modes de consommation, ensuite, car le marché cambodgien est envahi de produits manufacturés étrangers moins chers et plus pratiques. Peu à peu, les techniques se perdent et l’on assiste à la dilution de l’univers khmer dans un vaste micmac chino-asiatique. Vannak sous ses airs sympathiques est assez pessimiste quant à l’avenir de son pays.

Pour l’heure, chacun à son poste de cuisine, on goûte à tout et on se régale. Poivre de Kampot, sauce au poisson (nuoc mam), citronnelle, ail, noix de coco, tout y passe.


Au-delà de la ville, on part se balader à scooter dans la campagne environnante très asséchée à cette époque de l’année mais qui recèle plusieurs points d’intérêt et de beaux paysages. Notamment de beaux temples et des lieux de mémoire à l’endroit où des atrocités sans nom ont été perpétrées par les khmers rouges entre 1975 et 1979.



Siem Reap, l’exceptionnelle cité d’Angkor


Après quelques jours à Battambang, nous mettons le cap vers ce que le Cambodge a probablement de plus précieux, l’immense cité d’Angkor bâtit sur plusieurs siècles et dont les différents temples dispersés dans la jungle rivalisent de beauté. Sa réputation la précède et nul besoin d’être devin pour savoir que nous ne serons pas les seuls curieux à nous y rendre. Siem Reap, situé à 7 km du site et jadis simple village, est devenu ces dernières décennies une véritable fourmilière à touristes. Les hôtels et restaurants sont absolument partout et d’énormes complexes ont vu le jour aux abords même du site d’Angkor. C’est ahurissant. Devant ce business à grande échelle, on imagine que Siemp Reap combiné au site d’Angkor constitue probablement l’une des cash-machines de ce petit pays en développement. A hauteur de 37$ la journée et 72$ le pass 4 jours, et vu le monde qui s’y presse quotidiennement, Angkor est une affaire qui roule. La vache à lait cambodgienne.


Dans tout ce choix, on se déniche une petite guesthouse pas chère et excentrée où règne une sympathique ambiance. Pas de bol pour nous, et au grand désarroi de notre logeur, nos matelas sont habités par des punaises de lit récalcitrantes. On décampe donc dès le lendemain pour un autre hostel, plus central mais tranquille, finalement lui-même aux prises avec ces satanées bestioles. Cette fois-ci elles ne nous embêtent pas. On est de toute façon bon pour un lavage et séchage en machine de tous nos vêtements et passons une bonne matinée à vider et scruter le moindre recoin de nos sacs. On mène une chasse sans merci aux punaises de lit. Grâce à l’expertise de Marie, on s’organise au mieux pour venir à bout de ce fléau. Partagés entre fatalisme et amusement, on espère très fort que ça portera ses fruits.



Heureusement, le site d’Angkor nous fait oublier nos soucis de punaises. Optant pour le pass 3 jours, nous en faisons le tour par étapes et à notre rythme. Alternant virées très matinales pour profiter du lever de soleil (avec des milliers d’autres personnes) sur le fameux temple d’Angkor Wat, et sorties plus tardives qui nous offrent des couleurs chatoyantes sur les pierres grises ou ocrées de cette multitude d’édifices, on en prend plein les yeux. Bien qu’il y ait beaucoup de monde dans les principaux temples, et que le site soit plus aseptisé qu’il y a encore quelques temps, c’est de toute beauté. Les fromagers, immenses arbres aux racines tentaculaires et volumineuses ont pris leurs quartiers au milieu de tous ces passages et façades sculptées et raffinées perdus dans un écrin de verdure. Plusieurs immenses réservoirs d’eau agrémentent le paysage. On pourrait rester là pendant des jours et des jours à admirer la prouesse architecturale et artistique déployée en l’honneur de Bouddha ou de divinités hindous selon les époques. La chaleur a tout de même raison de notre entrain à la fin de chaque journée.


C’est aussi à Siem Reap que l’on retrouve avec joie des copains de Metz, eux aussi en vadrouille. On continue également nos découvertes gastronomiques en dégustant divers plats locaux et de très rafraichissant rouleaux de printemps. Sans parler des jus de fruits à tomber qui viennent à point pour réhydrater nos gorges asséchées. Et malgré l’agitation ambiante, on arrive à en apprendre un peu plus sur les fractures de ce pays que les merveilles d’Angkor mettent de côté. Un soir, nous faisons la rencontre d’un petit groupe de retraités cambodgiens résidents en France et ayant fui leur pays à l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir. Agés d’à peine 20 ans à l’époque, ils font partis des rares à avoir pu échapper au pire. Adorables et bavards comme tout, ils éclairent un peu plus notre lanterne sur cette épisode dramatique dont nous vous dirons deux mots dans un second article.



Kampot et Kep, poivre et crabe


Nous voilà désormais sur la côte du Cambodge, plus très loin du Vietnam. Pour venir, nous avons expérimenté le bus de nuit à couchette avec changement matinal à Phnom Penh. Expérience validée. Nous profitons de notre escale à la capitale pour goûter au sandwich baguette version cambodgienne dans un petit boui boui de la gare routière. Expérience cette fois-ci non validée. Garni d’un mélange de morceaux de pâtés gélatineux et de cornichons pas frais à la saveur indéfinissable, le tout agrémenté d’une sauce sucrée-salée écœurante, le résultat est explosif et à jamais gravé sur nos papilles. La mauvaise surprise.



Nous nous arrêtons pour quelques jours à Kampot, une petite ville très charmante avec ses rues calmes et fleuries où l’on lézarde sur les terrasses des cafés. Beaucoup de bâtiments colorés sur lesquels grimpent des bougainvilliers majestueux rappellent une fois de plus le passé colonial français du Cambodge. Traversée par le large fleuve Prek Tuek Chhou, la ville donne à respirer. Plusieurs péniches amarrées au quai proposent des balades au coucher du soleil. Romantisme garanti, sauf quand un groupe de cambodgiens se lance dans une session karaoké sur le bateau voisin. Le karaoké est ici un phénomène de masse. Qu’on soit en groupe ou en solo, de jour comme de nuit, en intérieur comme en extérieur, les cambodgiens en raffolent et le font entendre. C’est toujours très marrant.



Les alentours de Kampot ne manquent pas d’intérêt. Entre virée à scooter sur le Bokor, imposante montagne sur laquelle on découvre d’innombrables étrangetés (complexes hôteliers à l’abandon ou vides, église désaffectée, casinos) dans un décor de highlands, et virée à vélo dans les marais salants, il y a de quoi faire.



Nous continuons un peu plus loin et nous rendons à Kep, ville balnéaire réputée pour la pêche aux crabes. Et puisque la région est aussi renommée pour son poivre, blanc, noir, vert et rouge, le crabe local ne pouvait évidemment qu’être cuisiné avec ce fameux poivre, vert en l’occurrence. Le résultat n’est pas facile à décortiquer mais succulent. La région légèrement vallonnée offre aussi de très beaux paysages. On s’y promène à pieds ou en scooter et visitons également une plantation de poivre au fonctionnement tout à fait intéressant et aux déclinaisons de poivre exceptionnelles en goût. Créée en 2014 par un couple franco-belge, cette plantation se veut écologiquement, socialement et économiquement durable et assure des conditions de travail et de vie bien au-deçà de la moyenne dans ce pays où les travailleurs et travailleuses sont sous-payés et absolument pas protégés. Cette plantation ressemble à un petit paradis terrestre entre poivriers, bougainvilliers, palmiers et plantes en tout genre. Magnifique.



Marie finit par nous quitter pour aller passer quelques jours au Vietnam pendant que nous partons nous prélasser sur l’île de Koh Rong, un autre petit paradis à la végétation tropicale, aux eaux turquoises et au sable blanc.


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